Prendre soin de l’être, le rôle du thérapeute

« Au temps de Philon d’Alexandrie, le thérapeute est un tisserand, un cuisinier ; il prend soin du corps, il prend soin aussi des images qui habitent son âme, il prend soin des dieux et des logoï (paroles) que les dieux disent à son âme, c’est un psychologue. Le thérapeute prend également soin de son éthique, c’est-à-dire qu’il veille sur son désir afin de l’accorder à la fin qu’il s’est fixée, ce soin « éthique » peut faire de lui un être heureux, « sain » et simple (non deux, non divisé en lui-même), c’est-à-dire un sage.

Le thérapeute, c’est aussi un être « qui sait prier » pour la santé de l’autre, c’est-à-dire appeler sur lui la présence et l’énergie du Vivant qui seul peut guérir toute maladie et avec lequel il « coopère ». Le thérapeute ne guérit pas, Il « prend soin », c’est le Vivant qui soigne et qui guérit. La thérapeute n’est là que pour mettre le malade dans les meilleures conditions possibles pour que le Vivant agisse et que la guérison advienne. »

Extrait de Prendre soin de l’être, Jean-Yves Leloup

Voeux 2020 : sous le chaos, l’élan vital du nouveau !

“Quand tu te crois perdue dans le chaos, m’avait dit mon maître, tu reviens à l’origine à partir de laquelle on peut créer.” *

Qu’il est bon de méditer ces mots de sagesse, à l’heure où le chaos, social, climatique, ébranle nos habitudes et notre confort !
Dans les mois à venir, il nous faudra peut-être nous souvenir de cette réalité universelle : aucune transformation véritable qui ne challenge l’existant en profondeur… Point de (re)naissance sans chaos… 

Et ce qui vaut pour la société, pour les entreprises, vaut bien entendu pour notre propre évolution d’être humain.

La question n’est donc plus celle de l’occurrence des bouleversements du monde connu, ils sont déjà là et largement annoncés, mais bien celle de notre capacité intérieure à demeurer confiant et ancré. 

Où que vous en soyez de votre chemin intérieur, que 2020 soit pour vous l’occasion de sauter avec joie et en conscience hors des “fondrières de l’habitude”, comme l’écrit joliment Sylvain Tesson, pour plonger aux sources généreuse set libres de votre humanité !

Nous en avons collectivement besoin.

Lumineuse année 2020 à chacun !

Frédérique

 

*Extrait de Passagère du silence de Fabienne Verdier, Artiste peintre.

Lettre UnPetitPasPour du 1er janvier 2020_Sous le chaos, l’élan vital du nouveau !

Habiter poétiquement le monde

“C’est-à-dire non pas en rêveur, mais dans l’effort d’une vie intense, d’une plénitude d’être, d’une présence attentive aux êtres et aux choses, cherchant en tous les arguments du partage, de l’ouvert, de la joie arrachée au désastre, ces autres noms de la beauté.”

“Nous vivons dans l’oppression quotidienne des nécessités économiques, productivistes, assignés à des rôles, des fonctions, des déterminismes qui nous étouffent. Or la poésie nous rappelle que « la vraie vie est ailleurs », dans tout ce qui est nié justement par cette oppression : le pas de côté, la lenteur, le silence, l’arrêt, l’ouvert, le désir libéré, l’attention perdue aux paysages ou aux visages qu’on aime.”

Jean-Pierre Siméon, poète,dramaturge, romancier.

Habiter poétiquement le monde

“C’est-à-dire non pas en rêveur, mais dans l’effort d’une vie intense, d’une plénitude d’être, d’une présence attentive aux êtres et aux choses, cherchant en tous les arguments du partage, de l’ouvert, de la joie arrachée au désastre, ces autres noms de la beauté.”

“Nous vivons dans l’oppression quotidienne des nécessités économiques, productivistes, assignés à des rôles, des fonctions, des déterminismes qui nous étouffent. Or la poésie nous rappelle que « la vraie vie est ailleurs », dans tout ce qui est nié justement par cette oppression : le pas de côté, la lenteur, le silence, l’arrêt, l’ouvert, le désir libéré, l’attention perdue aux paysages ou aux visages qu’on aime.”

Jean-Pierre Siméon, poète,dramaturge, romancier.

Petit manuel du leader source

Petit manuel du leader source. 

D’abord un cheminement intérieur, guidé, aux sources de soi : plongée après plongée, on gagne en autonomie, on visite ses eaux profondes, on traverse ses eaux troubles et on joue avec les courants.

Alors seulement notre eau devient potable, vivifiante et inspirante pour d’autres : équipes, pairs, famille, amis, clients, partenaires.

, ancrés dans notre responsabilité individuelle, vulnérables mais sereins, on irrigue ses écosystèmes pour les rendre plus fertiles.

 

Frédérique Petit

L’histoire du faiseur de pluie

Pluie battante

Cette histoire est issue d’un fait réel. Carl Gustav Jung avait demandé à ses élèves de commencer toutes leurs conférences par celle-ci. Richard Wilhelm, dont il est question, est un ami de Jung, sinologue.

« Il y eut une grande sécheresse dans la ville où Richard Wilhelm séjournait ; pendant des mois, il ne tomba pas une goutte de pluie et la situation devint catastrophique. Les catholiques firent des processions, les protestants firent des prières, et les chinois brûlèrent des bâtons d’encens et tirèrent des coups de fusil pour effrayer les démons de la sécheresse. Finalement, les chinois se dirent : « Allons chercher le faiseur de pluie », et celui-ci vint de l’une des provinces.

C’était un vieil homme émacié. Il dit que la seule chose qu’il souhaitait était qu’on mette à disposition une petite maison tranquille, et il s’y enferma pendant 3 jours. Le quatrième jour, des nuages s’amoncelèrent, et il se produisit une forte chute de neige, à une époque de l’année où aucune neige n’était prévisible, et en quantité inhabituelle. Tant de rumeurs circulèrent au sujet de cet extraordinaire faiseur de pluie que Wilhelm alla voir l’homme, et lui demanda comment il avait fait. En vrai européen, il dit : « Ils vous appellent le faiseur de pluie, pouvez-vous me dire comment vous avez produit de la neige ? Le petit chinois répondit : je n’ai pas fait la neige, je n’en suis pas responsable. »

« – Mais qu’avez-vous fait durant les trois jours ? »

« – Oh, cela, je puis vous l’expliquer. C’est simple. Je viens d’un pays où les choses sont ce qu’elles doivent être. Ici les choses ne sont pas dans l’ordre ; elles ne sont pas comme elles devraient être d’après l’ordre céleste, aussi le pays tout entier est-il hors du Tao. Je n’étais pas non plus dans l’ordre naturel des choses, parce que j’étais dans un pays qui n’était pas dans l’ordre. Aussi la seule chose que j’avais à faire était d’attendre trois jours jusqu’à ce que je me retrouve en Tao, et alors, naturellement, le Tao fit la neige. »

Texte extrait d’Introduction au Yi-King, de C.G. Jung

Commentaire d’UnPetitPasPour
On pourrait lire cette histoire comme un conte, notre œil occidental éduqué par la science gentiment amusé par cette fable et balayant rapidement ces pratiques traditionnelles qui fleurent bon le folklore local.

Mais on pourrait aussi s’interroger sur ce que nous avons perdu en connaissance profonde des grands équilibres du Vivant.

Et plus près de nous, au cœur même de nos activités professionnelles, nous sommes par ce texte gentiment interpellés sur notre capacité à travailler notre état intérieur.

Comment croire qu’il soit possible, pour quiconque, d’être, dans la durée, performant, créatif et inspirant pour ses équipes, si l’on est loin de ce qui nous anime profondément ?

Si l’on est agité par de multiples injonctions contradictoires (déséquilibre pro-perso, déséquilibre entre exigence ou bienveillance) ?

Si l’on est inconsciemment assujetti à des représentations idéales mais non réalistes (le « bon » manager, le « bon » dirigeant, etc.) ?

Si l’on vit dans le dans le déni des signaux d’alertes du corps (douleurs de dos, troubles digestifs, blessures « bêtes », insomnies, fatigue récurrentes…) ?

Si l’on accepte d’être happé sans cesse par les sollicitations des autres, au mépris des nôtres, au point parfois de ne plus même connaître nos propres désirs ?…

Le désordre extérieur nous contamine d’autant plus que notre ordre intérieur est fragile. Et si nous sommes fragilisés, agités, éparpillés, clivés, il est illusoire de penser rayonner la sérénité et l’harmonie nécessaires à l’accompagnement des autres et au pilotage pérenne des projets audacieux.

C’est un travail à part entière que le travail sur soi. C’est un vrai engagement que de gagner en lucidité et en conscience. Cela demande du courage et de l’humilité que de chercher à vivre en paix avec ses fêlures. C’est un chemin que d’aller de façon proactive à la rencontre de soi, de ses rêves, de ses moteurs intérieurs de motivation, de ses convictions. C’est exigeant que de laisser de la place à la vie intérieure quand tout nous incite aux temps pleins et utiles. C’est confrontant de construire des liens de manière équilibrée : ni fusion, ni domination, ni soumission. Autant d’apprentissages, d’expériences et de réajustements qui fondent un leadership authentique.

C’est cette démarche à la rencontre de soi qu’UnPetitPasPour propose et conduit, aux côtés de celles et ceux qui aspirent à évoluer, pour eux-mêmes, mais aussi pour contribuer activement aux transformations de nos systèmes.

Vœux 2019 : nourrir nos terres de confiance

enfants joyeux

UnPetitPasPour vous présente ses meilleurs vœux !

Que 2019 soit l’occasion pour chacun, artisan de confiance, de goûter la chaleur des rencontres dépouillées de convenances, d’oser l’égarement fécond du débutant, d’éprouver la joie de la présence au creux de l’éphémère !

Le chinois et son cheval

Cheval au galop

Il était une fois un chinois qui revenait de la ville, il y avait acheté un superbe cheval. Ses amis passent le voir, le soir le félicitant chaleureusement :« Qu’est-ce que tu dois être heureux ! » lui disent-ils.

« Heureux ou malheureux, je ne sais pas, on verra ce qu’il adviendra » leur répond-il.

Trois jours plus tard son cheval s’enfuit. Ses amis viennent le voir, le soir, le plaignant : « Mon pauvre qu’est-ce que tu dois être malheureux ! »

« Heureux ou malheureux, je ne sais pas, on verra ce qu’il adviendra » leur dit-il.

Trois jours plus tard son cheval rentre accompagné de trois magnifiques juments sauvages. Ses amis passent le voir le soir, le félicitant :« Qu’est que tu dois être heureux ! Que de magnifiques perspectives pour toi !”

« Heureux ou malheureux, je ne sais pas, on verra ce qu’il adviendra »

Trois jours plus tard, son fils domptant les juments sauvages se casse la jambe. Ses amis passent le voir le soir, désoles pour lui.« Qu’elle malchance », lui disent-ils, « Comme tu dois être malheureux… »

« Heureux ou malheureux, je ne sais pas, on verra ce qu’il adviendra »leur répond-il imperturbable.

Trois jours après, dans cette province de chine, la guerre est déclarée et les sergents recruteurs passent dans tous les villages, enrôlant tous les jeunes gens en âge d’aller à la guerre, sauf évidemment le fils en question. »

 

Et ainsi vont les changements dans nos vies. Si nous accrochons notre sentiment intérieur de sérénité aux éléments extérieurs, nous serons inévitablement ballottés…

Comment passer de la culpabilité à la responsabilité ?

passage

” Je ne suis pas à la hauteur”, “Je suis vraiment nul”, “Je devrais savoir faire cela”, “C’est mon rôle de réussir ceci”, etc.

Que de pression et de tensions quand, épinglés sévèrement par notre juge intérieur, nous nous remettons en cause ! La culpabilité est un poison qui nous ronge. Or, la confusion entre responsabilité et culpabilité est fréquente. Posons déjà un principe : nous nous sentons coupables parce que nous prenons des responsabilités qui ne nous appartiennent pas.
Voici quelques repères pour vous permettre de clarifier vos propres sentiments et d’ouvrir un dialogue avec votre culpabilité !

La responsabilité
Nous sommes toujours responsables des actions que nous faisons ou des réactions que nous avons puisque nous en sommes l’auteur. La preuve : nous aurions pu ne pas faire cet acte ou réagir autrement. Mais nous ne sommes pas responsables des actions ou réactions (ou non actions et non réactions !) que l’autre aura face à nos actions ou à nos réactions.

La culpabilité
La culpabilité, ou le sentiment de culpabilité, naît de la contradiction entre ce qu’on veut être (= mon idéal en tant que personne, et en tant que professionnel) qui l’on constate être ou les résultats des actions que l’on mène. Donc, de la différence entre l’image de soi-même et ce qu’on est/fait  réellement.

La culpabilité peut se tourner vers l’autre également : nous culpabilisons notre partenaire/notre collaborateur lorsque celui-ci/celle-ci ne correspond pas à ce que nous attendons de lui (en fonction de notre idéal d’un bon partenaire, d’un bon collaborateur, etc…). Or un idéal n’est pas la réalité. Il y a là un décalage entre l’image idéale de ce que nous avons de lui et ce qu’il est ou fait réellement. Ce dont nous le rendons responsable !

Conséquences pour soi :
– Écrasement, déflation, jugement de soi, déprime/dépression, baisse de l’estime de soi, remise en cause personnelle, auto accusation (« je suis nul, je ne suis pas à la hauteur, je n’y arrive pas »…)
– colère, rejet, mode « rebelle », mise à l’écart de soi et des autres

Conséquences pour les autres :
– Incompréhension, perte de repères dans la relation
– Démotivation
– Sentiment d’être abandonnés/rejetés,
– Colère en réaction (escalade de l’incompréhension, qui mène au conflit)
– Culpabilité en réaction (« je ne sais pas l’aider… »)

Passer de la culpabilité à la responsabilité :
Si l’on coupe le mot «responsabilité», cela donne respons-abilité : « habilité à répondre adéquatement à une situation donnée ». Il s’agit de prendre la responsabilité pleine et entière de ses actions et réactions et laisser à l’autre cette même responsabilité.

Comment faire ?
1/ Mettre des mots sur ce que l’on vit et ressent, pour éviter que la culpabilité ne se transforme en honte (car la honte se nourrit du secret).

2/ Ecouter sa colère car elle nous aide à remettre les responsabilités à la bonne place :
De quoi suis-je suis réellement responsable ?
– Clarifier l’idéal/ les idéaux que l’on a de soi (je devrais.., il faudrait que je…) en tant qu’homme/femme, en tant que conjoint, en tant que professionnel (selon les cas) : « un bon père, c’est … » « Un bon patron, c’est… », etc.
– Clarifier les idéaux que l’on a pour les autres (ma vision d’un « bon collaborateur », d’un « bon conjoint », d’un « bon fils »…)
– Vérifier intérieurement qu’en fait, personne d’autre que notre tyran intérieur ne nous demande d’atteindre cet idéal.
– Redéfinir son périmètre de responsabilité, en le faisant reposer sur des bases plus réalistes (baisser le niveau d’exigence), en renonçant à la toute-puissance (celle du sauveur/superman).

Quelles sont/quelles pourraient être les responsabilités des autres ?
Il est très utile de demander aux autres quelles sont leurs attentes. Très souvent, nous les avons prises en charge à leur place, en fonction de notre idéal et modèle de perfection, sans valider au préalable leurs besoins réels, leurs envies, et leurs propres capacités à prendre leur part.

Pour conclure
Nous pensons trop souvent pouvoir diriger nos vies à la seule puissance de notre « petit moi ». C’est la porte ouverte à la toute-puissance, à l’inflation de l’égo, et le chemin assuré, tôt ou tard, vers un vécu intérieur négatif, qui se manifestera dans nos vies par mille tensions, dont la culpabilité.
Dans une démarche plus spirituelle, on peut s’inspirer de cette phrase : “Prie comme si tout dépendait de Dieu, agis comme si tout dépendait de toi…” *

Belle invitation au lâcher prise, à l’abandon à la confiance en la Vie ! Avec au cœur la conviction que, si nous acceptions de renoncer à l’illusion de la maîtrise, nous serons guidés avec douceur vers notre réalisation.

* Cette phrase est issue de la maxime profonde et à première vue paradoxale de Maxime de Hevenesi, Jésuite hongrois :
« Telle est la première règle de ceux qui agissent :
Crois en Dieu
comme si tout le cours des choses dépendait de toi, en rien de Dieu.
Cependant mets tout en œuvre en elles,
comme si rien ne devait être fait par toi, et tout de Dieu seul. »
“Scintillae Ignatianae” (1705)

Apprends-moi l’art des petits pas !

Marche

Seigneur, apprends-moi l’art des petits pas.
Je ne demande pas de miracles ni de visions,
Mais je demande la force pour le quotidien !

Rends-moi attentif et inventif pour saisir
Au bon moment les connaissances et expériences
Qui me touchent particulièrement.
Affermis mes choix
Dans la répartition de mon temps.

Donne-moi de sentir ce qui est essentiel
Et ce qui est secondaire.
Je demande la force, la maîtrise de soi et la mesure,
Que je ne me laisse pas emporter par la vie,
Mais que j’organise avec sagesse
Le déroulement de la journée.

Aide moi à faire face aussi bien que possible
A l’immédiat et à reconnaître l’heure présente
Comme la plus importante.

Donne-moi de reconnaître avec lucidité
Que la vie s’accompagne de difficultés, d’échecs,
Qui sont occasions de croître et de mûrir.

Fais de moi un homme capable de rejoindre
Ceux qui gisent au fond.
Donne-moi non pas ce que je souhaite,
Mais ce dont j’ai besoin.
Apprends-moi l’art des petits pas !

 

Texte attribué à Antoine de Saint-Exupéry